Contre vent et marée

C’était la navigation que l’on redoutait le plus du voyage mais en plus la malchance et la loi des séries s’y sont mis ! On n’a pas été déçus!

Alors, dans le dernier article nous partions de Mindelo, la fleur au fusil, faisant route directement vers le nord. Mais ça ne devait pas se passer comme ça, après 4 heures de navigation dans le canal entre les îles de Sao Vicente et Santo Antao, nous n’avions quasiment rien gagné par rapport au vent, et là dessus 2 lattes de notre voile d’avant, le solent, s’arrachent et tombent à l’eau. La voile sur laquelle on comptait pour toute cette navigation au prés étant inutilisable, nous décidons de faire demi tour, retour à Mindelo! Le lendemain matin, couture. Début d’après midi nous levons l’ancre et comme nous ne sommes pas têtus, cette fois ci nous passons par le sud de l’ile de Santo Antao. Nous ne le regretterons pas, la cote sud de l’ile nous offre un très beau spectacle, le mouillage de Tarrafal au sud, à l’air magnifique! Mais c’est un Tarrafal que nous n’auront pas fait… A la nuit tombante nous étions dégagé de l’ile avec le large face à nous, c’est parti !

Les premiers jours ont été un peu dur, la mer était formée, le vent soufflait bien et surtout nous n’étions pas amarinés. Heureusement, Charlie notre équipier Australien, semble insensible au mal de mer, et c’est donc lui qui nous cuisine les premiers repas. La vie a bord s’organise autour des quarts de barre, et oui nous n’avons toujours pas de pilote automatique, par tranche de 2 heures, jour et nuit, nous nous relayons.

Et le 5éme jour, c’est la cata ! Je m’aperçois le matin que le génois, notre grosse voile d’avant, a une drôle de tête, en allant voir à l’avant je constate que la cadène,  la pièce de métal sur laquelle est accrochée la voile est arrachée. Grosse sueur froide, le mât peut tomber à tout moment. Heureusement nous avons un 2éme étai, un câble, qui sert pour le solent et qui retient encore le mât, mais ce n’est pas suffisant, avec les vagues le mat bouge. Pas bon du tout, nous sommes seuls au milieu de l’océan, le port le plus proche est Mindelo à environ 750 km et sans mât ça risque d’être compliqué d’arriver jusque là. On cherche alors comment sécuriser le mât dans un premier temps. Après réflexion et moult schémas nous trouvons avec Romain, une idée. Après 3h de mise en place, la situation semble stabilisée, on peut discuter de la suite. L’option de la sécurité est de faire demi tour de retourner à Mindelo pour réparer, mais cela nous mettrait un gros coup au moral et nous ne sommes pas sûr de trouver les ressources nécessaires à de tels travaux là bas. La 2éme option est de rallier les Canaries, mais nous serions encore plus contre le vent, impossible vu l’état du bateau et les conditions de vent fort. Reste alors l’option la plus risquée, mais possible, continuer notre route vers les Açores en utilisant le solent et la grand voile réduite. Après pas mal de discutions c’est l’option que nous choisirons. Le lendemain, comme pour nous consoler, nous feront une bonne pêche, Une dorade coryphène de plus d’un mètre et d’environ 10kg mord à l’hameçon! Nous feront 5 repas à quatre sur la moitié de la chair, on fait sécher l’autre moitié pour plus tard!

Nous sommes toujours dans les alizés est le vent soutenu nous permet de bien avancer malgré notre voilure très réduite. Mais bientôt nous approchons de la zone de changement de système météo et le vent baisse … nous sommes presque à l’arrêt. Nous décidons d’augmenter la taille du solent en retirant le ris (système de réduction de la surface de la voile), mais je m’aperçois que le bas de la voile est déchirée. Du coup nous restons avec notre voilure mini. Pendant de nombreux jours, nous avançons à 2 ou 3 nœuds (4 ou 5 km/h), c’est dur pour le moral, en plus une partie des sécurités misent en place cassent, c’est reparti pour 3 heures de boulot à l’avant du bateau avec la houle, c’est éprouvant, et cette fois de nuit, éclairés par le projecteur de pont… Après de savants calculs et des suppositions  sur la consommation de gasoil du moteur nous prenons la décision de l’allumer pour aider les voiles à faire avancer le bateau. C’est comme ça que nous grignotons des miles, dés que le vent est trop faible on s’aide du moteur au ralenti. Mais bientôt le vent devient très faible et la jauge de gasoil est presque sur 0… On se voyait déjà dériver pendant des jours tout proche du but sans rien pouvoir faire. On a optimisé au mieux nos ressources et notre moral pour nous approcher d’une ile , la plus proche, Santa Maria. Lorry, notre routeur, celui qui surveille la météo et nous aide pour la route à prendre, nous a annoncé un petit vent de nord ouest avant un coup plus fort de nord. Gros challenge pour attraper le vent d’ouest et rejoindre l’ile avant le dimanche soir.

Ça s’est fini sur le fil, dimanche fin d’après midi nous sommes devant l’entrée du port de Vila do Porto sur l’ile de Santa Maria, le réservoir de gasoil est vide, nous avons ajouté les quelques litres de secours pour l’arrivée. On s’amarre au ponton de la marina, gros soulagement, le mat est toujours en place, les dégâts sur la coque liés à notre système d’assurage du mât qui passe avec des bouts sous la coque du bateau ne sont pas trop importants, et il y a un chantier qui peut ressouder la  pièce! Ce soir, c’est restaurant pour l’équipage ! Il y a ici un véritable pub irlandais, le central pub, tout en boiseries foncées et tabourets de bar… Burgers, grillades, bières et whiskys pour tout le monde!

Nous avons fait environ 1400 miles dont 1000 sans étai au près face à la vague, les connaisseurs apprécieront le niveau de stress ! Tout ça en moins de quinze jours sans la totalité de notre voilure pour une navigation qui devait prendre entre 16 et 20 jours… Mais tout c’est fait dans la bonne humeur, l’équipage est resté positif, personne n’a cédé à la panique, ensemble nous avons toujours trouvé une solution aux problèmes que l’on rencontrait. Et puis on se faisait des bons petits plats, des gâteaux, du pain croustillant, des jeux de sociétés, Charlie jouait de la guitare, on n’était pas si mal !

Aussitôt arrivé, avec Aurélie nous enfilons les chaussures de rando pour faire une petite balade. C’est ce qui manque le plus à bord d’un voilier, pouvoir marcher. Nous découvrons cette ile des Açores avec l’émerveillement de ceux qui n’ont pas vu de végétation depuis des mois, la sensation de l’herbe sous les pieds, les insectes qui volent, les odeurs de fleurs, les vaches dans la lande … C’est beau les Açores avec les falaises qui baignent dans une eau limpide, les landes déjà jaunies coté sud, les prairies et les forêts bien vertes sur les pentes nord. On est bien ici.

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